Entretien de Michel Drucker dans la Charente-Libre

Publié le par Tout sur Michel Drucker

Les polémiques passent (une ancienne collaboratrice vient de lui réclamer de l'argent pour un livre non paru qu'elle l'aurait aidé à écrire) et Michel Drucker ne vacille pas d'un poil. Toujours la même image d'intouchable auprès du public.

Le dimanche, il reçoit les gens célèbres sur son éternel canapé rouge. Mais les autres jours de la semaine, celui qui a lancé Canteloup, Gerra, Roumanoff est «heureux de rencontrer les gens normaux. Plus j'avance et plus j'ai envie de revenir d'où je viens.» Samedi, il sera à la librairie Chapitre à Angoulême pour dédicacer «Rappelle-moi» le livre hommage à son frère aîné Jean Drucker, patron de M6, mort d'une crise d'asthme en 2003. Dans son ouvrage, à 68 ans, le célèbre animateur dit à son frère disparu tout ce qu'il n'a pas eu le temps de lui raconter, ses rencontres et l'irruption si inattendue au lendemain de son enterrement d'un demi-frère plus jeune de dix ans...

Vous êtes un des rares à nous rendre Alain Delon attachant ?

Michel Drucker. Je fais partie de ceux qui le connaissent vraiment bien, mieux que ses proches. Je l'ai raconté comme il est aujourd'hui. Et c'est émouvant parce qu'il est au début de la dernière ligne droite. C'est ce qui nous touche.

Comment peut-on être si proche de gens si différents ?

J'ai des souvenirs très particuliers avec chacun. Chirac m'a connu gamin. J'avais 22 ans. Il commençait la politique. Certains ont de la sympathie pour le gamin que j'étais. On a franchi les étapes marche après marche. Jean Ferrat, la seule télé importante, il l'a faite avec moi. Et puis il y a eu la jeune génération de Sarko que j'ai connu gamin. Il était débutant. Martine Aubry, je l'ai connue petite fille. Je les tutoie tous. J'ai connu leur traversée du désert. 46 ans de carrière, c'est gigantesque.

Ce qui explique que vous soyez si complaisant avec vos invités ?

Comment voulez-vous que j'interroge ces artistes que je connais si bien avec l'insolence de la nouvelle génération. C'est un talent que je n'ai pas. Comment voulez-vous que j'agresse Johnny et Sarko. Ce n'est pas ma nature. En acceptant de venir dans mes émissions, Brel, Brassens ou Aznavour ont fait un cadeau formidable au gamin que j'étais. Et puis j'ai toujours pensé qu'on obtient plus en interviewant dans l'harmonie plutôt qu'en piégeant les gens. Je suis plutôt quelqu'un qui aime faire plaisir aux autres. Mais je suis moins complaisant qu'on le croit. Il se dit beaucoup de choses dans mes émissions.

Vos parents seraient fiers de vous. Car ils n'ont pas été tendres avec vous ?

J'ai passé de sacrés dimanches chez ma mère. Elle avait beaucoup de reproches à faire sur la télé que je faisais. Ce qui me fait le plus plaisir, ce n'est pas d'être encore là. C'est d'avoir écrit deux livres. Pour un homme de télé c'est comme la Légion d'honneur.

Pourquoi un tel amour pour votre frère ?

Je ne suis pas objectif. Je l'ai sans doute idolâtré. Il me fascinait parce qu'il était séduisant, généreux, drôle. Il n'avait pas la grosse tête. C'était un des derniers patrons humains. Il avait réussi tout ce que mes parents rêvaient de me voir réussir, moi. Il avait tout, mais il est mort en dépression. Notre projet de conseil en audiovisuel l'aurait rendu heureux. Sa disparition est une tragédie.

Pourquoi votre frère Jacques est-il si absent de votre livre ?

Je ne m'en suis aperçu qu'après. Mais je n'ai pas beaucoup vu Jacques. Il était à Caen, à Washington... En 30 ans, on s'est croisé. Alors que Jean vivait pratiquement avec moi. Jacques va prendre sa retraite, on va se voir.

Pourquoi avoir autant attendu avant de parler de votre demi-frère caché ?

J'ai attendu 7 ans, mais je l'ai vu pendant ces 7 ans. Il habite en Provence. Je ne voulais pas que ça sorte de façon inélégante sur internet. J'en parle donc à la fin du livre. Ces trois pages ont été plus compliquées que toutes les autres. C'est une histoire incroyable de découvrir un autre frère à la mort de son aîné. Ça ne se voit que dans les films de Lelouch. J'ai attendu, car je n'étais pas prêt à écrire un livre sur Jean. Maintenant la boucle est bouclée.

«Rappelle-moi» chez Robert Laffont. 11€. Dédicace samedi 22 à Chapitre à partir de 14h30.

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