Dans Le Figaro, Michel Drucker se rappelle de “Champs-Elysées”

Publié le par Tout sur Michel Drucker

Aujourd'hui, Le Figaro se rappelle de “Champs-Elysées” :


«Drucker, je compte sur vous. Je veux une émission populaire mais digne.» C'est en ces termes gaulliens que parla Pierre Desgraupes en janvier 1982 au toujours sémillant animateur de radio et journaliste sportif qui n'en était pas à son coup d'essai, mais ne se doutait pas encore que cette austère proposition allait être son coup de maître.

Il était loin le temps où ce jeune homme rétif aux études poussa d'une main hésitante la porte de l'Office de radiodiffusion-télévision française. Dépassée la charge officielle de commentateur du football (passion du ballon rond oblige) et l'émission «Sport en fête». Le sport mène à tout pourvu que l'on en sorte.

En 1973, Drucker en est sorti, sur les instances de Michèle Arnaud, qui voyait bien ce charmant garçon de 31 ans en animateur de variétés. François Chalais disait que la malchance est une faute professionnelle. Il saisit donc la chance par les cheveux et essuya les plâtres dans «Les rendez-vous du dimanche». Où l'un des Monty Python, peut-être exaspéré par tant de probité et de lin blanc, s'en prit à Michel et le jeta par terre.

Bref, cette fois-ci, Drucker décide de frapper un grand coup. Desgraupes lui avait mis le marché en main avec l'air de celui qui serait bien capable de tout annuler pour une faute de goût, quelle que soit l'audience. Nous vous parlons d'un temps que la génération Audimat ne peut pas connaître. «Ma coproductrice Françoise Coquet et moi voulions un environnement prestigieux, synonyme de sortie du samedi soir.» Pour la première année, Pierre Cardin prête son théâtre. Ce n'est qu'un an plus tard qu'il tombe, un peu par hasard, sur un précurseur de l'underground, David Niels, qui tenait dans le studio de Potel et Chabot une sorte de boîte de nuit futuriste avec régie incorporée. Michel tombe amoureux du lieu. Qui devient incontinent le mythique studio Gabriel. Situé à deux pas de la place de la Concorde, ce serait le diable de ne pas baptiser l'émission «Champs-Élysées».

Tout de suite, le générique, long de deux minutes trente, devient culte. Il faut dire que Drucker eut un accès de fièvre des grandeurs, puissamment aidé par la réalisatrice Françoise Boulain. Sur une musique de Jean-Claude Petit (arrangeur de Julien Clerc, Claude François, Sylvie Vartan, mais aussi auteur de la musique deManon des sources et du Hussard sur le toit) et de Jean-Pierre Bourthayre (faiseur de tubes attitré de Michel Sardou et de Claude François), la compagnie de ballet Rheda danse dans tous les hauts lieux parisiens - y compris sur le toit de l'Arc de triomphe, ce qui nécessita la mobilisation de Jack Lang, des Anciens combattants et des Monuments de Paris. «C'était un sacrilège de faire danser des filles au sommet de l'Arc.» Le résultat fut à la hauteur des cinq cent mille euros que coûta cette bagatelle, renouvelée un peu plus tard par le talentueux et regretté réalisateur Mathias Ledoux.

En remettant la Légion d'honneur à Drucker, François Mitterrand lui susurra qu'il ne loupait jamais un générique. Et voilà qu'aujourd'hui Gad Elmaleh supplie Michel de reprendre l'émission avec lui, rien que pour le plaisir de revivre ces deux minutes et demie d'extase qui s'achevaient sur un feu d'artifice et un défilé de limousines desquelles sortaient les princes et les princesses d'un soir.

La suite n'était qu'enchantement, çà et là pimenté par les surprises du direct. Où l'on vit un tout jeune homme essuyer les plâtres de la première émission en chantant pour sa première télévision Il suffira d'un signe, Jean-Jacques Goldman était né.

Sauf que la musique n'était pas partie au bon moment et que Drucker dut raconter sa vie à Christian Morin pour meubler le silence. Où l'on vit Michel Serrault déguisé en sumo entreprenant, dans l'hilarité générale, de déclamer une tirade de L'Avare. Où l'on vit surtout Serge Gainsbourg, en veste pour l'occasion, murmurer à la somptueuse Whitney Houston, qui avait fini sa chanson et venait de s'asseoir à côté de lui à sa demande : «I want to fuck you». Le malheureux Michel tente une traduction «soft» en bredouillant «He says you're very pretty. Il dit qu'il vous trouve très belle». Las ! L'Américaine avait parfaitement compris. Des années plus tard, lors d'un gala à Monaco, l'animateur se retrouva assis à côté de la chanteuse qui ne s'était jamais remise de cet épisode fumant, malgré la brassée de fleurs que le maître de «Champs-Élysées» avait déposées à son hôtel la nuit même qui suivit l'émission. L'animateur s'en veut encore d'avoir été trop mou, de ne pas avoir sorti manu militari le malotru, mais Gainsbarre devait ensuite chanter Vieille canaille. Cela tombait à pic. 

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